Contexte & Challenge
Une avancée majeure en santé mondiale confrontée à un défi humain
Le World Mosquito Program (WMP) est une organisation mondiale à but non lucratif qui lutte contre les maladies transmises par les moustiques, telles que la dengue, le virus Zika, le chikungunya et la fièvre jaune, grâce au lâcher de moustiques porteurs de Wolbachia, une bactérie naturellement présente qui bloque la transmission des virus. Actif en Amérique latine, en Asie et en Océanie, le programme intervient dans certaines des régions les plus exposées à ces maladies.
L’ampleur du défi est mondiale et ne cesse de s’accélérer. Les maladies transmises par les moustiques menacent près de la moitié de la population mondiale et continuent de progresser malgré des décennies de stratégies de contrôle axées sur l’élimination des moustiques. Rien qu’en 2024, la dengue a atteint un niveau record, avec plus de 14 millions de cas et plus de 10 000 décès dans le monde. Les approches traditionnelles peinent à suivre le rythme de l’urbanisation, du changement climatique et de l’intensification des mobilités à l’échelle mondiale.
L’intervention du WMP représente un changement fondamental d’approche. Au lieu de chercher à éradiquer les moustiques, le programme les transforme. En introduisant Wolbachia dans les populations de moustiques, il empêche la transmission des virus et crée une forme de protection autonome qui se propage naturellement au fil du temps.
La science fonctionne. Mais son succès dépend d’un facteur bien moins prévisible.
Pour réduire la menace que représentent les moustiques, le programme doit en relâcher davantage.
Dans des communautés qui vivent déjà avec les conséquences de ces maladies, ce principe suscite immédiatement des réticences, des doutes et, dans certains cas, une opposition active. L’intervention remet en question des perceptions profondément ancrées du risque, du contrôle et de la protection.
Le WMP disposait d’une avancée scientifique majeure. Il lui fallait désormais instaurer la confiance, à grande échelle, auprès de cultures et de systèmes de croyances radicalement différents.

Insight stratégique
De l’acceptation à l’appropriation
Dès le départ, l’équipe stratégie de MOJO a reformulé le défi. Il ne s’agissait pas d’un problème de communication, mais d’un enjeu d’adoption comportementale, profondément lié à la manière dont les communautés perçoivent le risque, la confiance et l’action collective.
Une consultation menée à l’échelle mondiale en Amérique latine, en Asie et en Océanie a révélé une constante. Le principal obstacle n’était pas un manque de compréhension. Les communautés comprenaient la science. Ce qui suscitait des résistances, c’étaient ses implications. Relâcher des moustiques allait à l’encontre de tout ce qu’elles avaient appris en matière de protection et de contrôle.
Le fossé n’était pas informationnel. Il était culturel et émotionnel.
Sur l’ensemble des marchés, un discours descendant, centré sur la science, s’est révélé insuffisant. Il permettait d’expliquer la solution, mais pas de la légitimer. Si l’acceptation faisait défaut, ce n’était pas parce que les populations ne comprenaient pas la solution, mais parce qu’elles ne la percevaient pas comme quelque chose qui leur appartenait.
De ce constat est né un insight décisif : on n’adopte pas ce dont on ne se sent pas partie prenante.
À partir de là, MOJO a développé un modèle d’acceptation publique fondé sur un principe simple : la confiance précède le déploiement, et la confiance se construit par la participation.
Dans toutes les régions, une même dynamique humaine s’est imposée : la notion d’hospitalité. L’instinct d’accueillir ce qui protège son foyer et de protéger ce qui appartient à sa communauté.
La stratégie a donc fondamentalement évolué.
Il ne s’agissait plus d’introduire une solution, mais de permettre aux communautés de se l’approprier.
Il ne s’agissait plus de demander aux populations d’accepter l’intervention, mais de les inviter à l’accueillir.

Solutions
Faire de la participation un système mondial d’adoption
MOJO a créé « We Welcome Wolbachia », une campagne mondiale conçue pour traverser les cultures tout en restant ancrée localement. Plutôt que de s’appuyer sur un message unique, la campagne a été pensée comme un système de participation, capable de s’adapter à des contextes variés tout en préservant une idée centrale cohérente.

Solutions
Le concept créatif
La campagne devait être immédiatement compréhensible, quels que soient le pays et le public, indépendamment de la langue, de l’âge ou du niveau d’alphabétisation. « We Welcome Wolbachia » place les communautés au cœur de l’intervention, non pas comme de simples bénéficiaires d’une solution de santé publique, mais comme des acteurs d’un mouvement collectif. La force de l’idée réside dans la dimension collective introduite par le « We », qui transforme l’intervention en un effort commun plutôt qu’en une action imposée de l’extérieur.
Pour dépasser les barrières linguistiques et culturelles, la campagne s’est construite autour d’un geste unique et universel exprimant l’accueil. Ce geste a été pensé à la fois comme un symbole et comme une action : facilement reconnaissable, intuitif à reproduire et immédiatement partageable dans différents contextes, sans nécessiter d’explication.
En adoptant ce geste, chacun pouvait exprimer son soutien, manifester son appartenance au mouvement et contribuer activement à la visibilité du programme. Sur des marchés comme le Brésil et le Vietnam, le geste est devenu un élément fédérateur, permettant à la campagne de dépasser le simple message pour devenir une pratique concrète, où la participation elle-même devenait le principal vecteur de communication.

Solutions
Engagement des communautés
La participation a été délibérément placée au cœur du processus d’adoption.
Les habitant·es ont été invité·es à accueillir des conteneurs destinés au lâcher de moustiques, à participer aux déploiements sur le terrain et à contribuer directement à la mise en œuvre du programme. Cette approche a transformé la nature même de l’intervention. Au lieu d’être perçue comme une initiative imposée de l’extérieur, elle est devenue une responsabilité partagée, pleinement intégrée à la communauté.
Les individus sont ainsi passés du statut de cibles de communication à celui de contributeurs et d’ambassadeurs du programme. D’une intervention extérieure destinée aux communautés, le programme est devenu un processus collectif porté par elles.


Solutions
Boîte à outils & déploiement
Afin de permettre un déploiement à l’échelle mondiale sans compromettre la pertinence locale, MOJO a développé un système de déploiement modulaire, structuré autour de supports adaptables, de contenus vidéo, de cadres de messages et de directives d’activation détaillées.
Ce système a permis aux équipes locales d’interpréter et d’activer la campagne en fonction de leur contexte culturel, de leurs contraintes opérationnelles et des dynamiques propres à chaque communauté, tout en restant alignées avec la stratégie globale.
Plutôt que d’imposer une exécution uniforme, l’approche a privilégié la cohérence par la flexibilité. La campagne pouvait ainsi prendre différentes formes selon les marchés, des activations communautaires sur les marchés traditionnels aux contenus produits localement et aux actions digitales menées via des plateformes telles que WhatsApp, tout en renforçant systématiquement la même idée centrale de participation et d’appropriation.


Résultats & Impact
Quand la participation génère un impact à grande échelle
Les résultats de la campagne sont indissociables de ceux du programme. Lorsque les communautés passent de la résistance à la participation, la science peut déployer tout son potentiel.
Aujourd’hui, plus de 16,1 millions de personnes sont protégées dans 15 pays, et on estime à 1 million le nombre de cas de dengue évités dans le monde. Dans certaines grandes zones urbaines, l’incidence de la dengue a diminué de 92 à 97 %, démontrant l’efficacité de la méthode Wolbachia lorsqu’elle est déployée à grande échelle. Ces résultats se sont également traduits par une économie estimée à 331 millions de dollars US en coûts de santé, tout en réduisant considérablement la pression exercée sur les systèmes de santé locaux.
Cet impact repose avant tout sur l’engagement des communautés. Rien qu’au Brésil, plus d’un million d’habitant·es ont activement participé aux activités de lâcher de moustiques, illustrant le passage d’une acceptation passive à une contribution active.
La campagne a été déployée à travers un écosystème média volontairement diversifié et profondément ancré dans les réalités locales, comprenant des clips musicaux, des activations de terrain sur les marchés traditionnels, des campagnes en tuk-tuk dans plusieurs villes asiatiques, ainsi que des actions digitales via des groupes WhatsApp et des plateformes communautaires. En s’intégrant aux pratiques culturelles et aux canaux de communication existants, la campagne a pu garantir sa pertinence et son accessibilité dans chaque contexte.
Au-delà des indicateurs de performance, la campagne a permis une évolution structurelle dans la manière dont le programme se déploie à grande échelle. En transformant l’acceptation en participation, elle a permis au WMP de dépasser le stade des projets pilotes isolés pour évoluer vers des déploiements nationaux et à l’échelle industrielle, notamment grâce au développement d’infrastructures de production à grande échelle capables de soutenir son expansion sur le long terme.
L’impact n’est donc pas uniquement épidémiologique. Il est systémique. La campagne a créé les conditions nécessaires à une adoption durable, accélérant le passage de l’expérimentation locale à un déploiement à l’échelle mondiale.
Indicateurs globaux
- Jusqu’à 97 % de réduction de l’incidence de la dengue dans certaines grandes zones urbaines
- 16,1 millions de personnes protégées dans 15 pays (début 2026)
- 1 million de cas de dengue évités dans le monde
- Plus de 300 millions d’euros de coûts de santé économisés


Témoignage
« Je recommande vivement MOJO Agency pour la qualité exceptionnelle de son travail sur notre campagne mondiale. Leur équipe a mené un travail de recherche approfondi en interrogeant nos équipes et a proposé une idée qui a fait ses preuves dans plusieurs pays. Le concept était créatif, concret, adaptable et facile à comprendre, tant pour nos équipes que pour le grand public. »
Howie Phung, Global Communications Manager, World Mosquito Program